Béatrice Pilloud, la procureure générale du canton du Valais, traverse une période extrêmement éprouvante. Son rôle central dans l’enquête sur le drame de Crans-Montana a mis à nu des tensions internes profondes au sein du parquet valaisan, révélant des failles structurelles et des conflits d’intérêts qui ont eu des conséquences dramatiques. La démission soudaine de l’une de ses subordonnées, Rahel Brühwiler, suivie d’un suicide en octobre dernier, a précipité une crise sans précédent.
Pilloud, acculée par les attentes médiatiques et politiques, a tenté de diviser les responsabilités entre plusieurs procureures, soulignant l’importance de la diversité sexuelle dans son équipe. Cependant, cette approche a rapidement révélé des failles. La procureure adjointe Catherine Seppey, nommée vice-présidente, et Rahel Brühwiler ont été confrontées à un conflit interne lié aux méthodes d’enquête. Pilloud, qui souhaitait accélérer le traitement de l’affaire du marchand de vin Dominique Giroud, a été déclarée en conflit d’intérêts après avoir représenté autrefois la femme d’un associé commercial de ce dernier. Cette situation a conduit à une rupture brutale avec Brühwiler, dont les méthodes rigoureuses avaient jusqu’alors fait l’objet d’estimes élevées parmi les juristes.
L’enquête sur le drame de Crans-Montana, qui a coûté la vie à 40 personnes, s’est heurtée à des erreurs stratégiques critiques. Pilloud a évité de placer immédiatement en détention préventive les gestionnaires du bar impliqués, permettant ainsi une possible destruction de preuves. Elle a également choisi d’incriminer uniquement pour homicide involontaire et négligence, au lieu d’envisager des charges plus lourdes. Ces choix ont suscité des critiques, notamment concernant la gestion de l’échéance légale liée à la prescription.
La pression sur Pilloud s’est intensifiée avec les images d’une conférence de presse où elle a été vue en contact physique avec le président du gouvernement valaisan, Mathias Reynard. Bien que ces gestes puissent sembler humains face à un drame, ils ont été perçus comme inappropriés dans un contexte où la séparation des pouvoirs est cruciale. L’annonce d’un budget supplémentaire demandé au parlement a encore exacerbé les soupçons sur sa capacité à gérer efficacement une situation aussi complexe.
Le drame de Crans-Montana ne fait que révéler les fragilités d’une institution judiciaire dépassée, confrontée à des défis sans précédent et incapable de répondre aux attentes d’une population en quête de justice.










